Une première pour Blackrock Games
au Tokyo Games Market

Discuter avec nos partenaires internationaux, mais aussi s’imprégner de la culture ludique du Japon pour mieux la comprendre et l’installer au niveau international. Ce sont les deux missions que s’est données la délégation de Blackrock Games qui s’est rendue au Tokyo Games Market, les 17 et 18 mai derniers.
Le Japon source d’inspiration
Depuis une quinzaine d’années, le marché du jeu japonais est sorti de l’ombre. Matthieu D’Epenoux et Emmanuel Beltrando _figures du monde ludique_ ont été parmi les premiers à prendre la direction de l’Empire du Soleil Levant pour y sourcer quelques pépites de Welcome to the Dungeon en 2015 à Trio en 2024. Parmi nos éditeurs qui y ont également trouvé l’inspiration Catch Up Games avec Paper Tales en 2017, Spiral Édition avec District Noir en 2023, La Boîte de Jeu avec Wizards Cup en 2024, ou encore Bankiiiz Éditions avec Cachamot en 2025. Le Japon compte aujourd’hui parmi les marchés ludiques émergeants qu’il faut travailler. Yoann responsable de l’offre pour Blackrock Games, Hervé responsable de la partie Export, et Matthieu pour la Localisation, en étaient convaincus à leur départ et le sont toujours à leur retour. À ceci près que leur déplacement leur a permis de mettre en exergue deux particularités du marché.
Une fois passée la barrière de la langue…
Dès leur arrivée, notre délégation a été confrontée à un gros dilemme : la barrière de la langue. « On a très vite compris que si on voulait bien comprendre le monde ludique japonais, il fallait être accompagné. On s’en doutait un peu avant de partir, du coup on avait demandé à un de nos éditeurs Yannick Deplaedt (Spiral Éditions) qui vit là-bas depuis 20 ans de nous seconder. La culture japonaise, nous explique Hervé, est basée sur la confiance. Dans la vie en général et dans le commerce en particulier. Là, on a pris de plein fouet la barrière de la langue. C’était compliqué pour nous de faire passer des arguments, des émotions, sur les jeux de notre catalogue lors des échanges en anglais. Par contre lorsqu’il y avait Yannick qui traduisait en japonais, les conversations devenaient rapidement plus chaleureux, plus enthousiastes ».
Un obstacle pour leur faire découvrir les jeux du catalogue mais aussi à l’inverse pour tester les jeux nippons : « La problématique dans les échanges, renchérit Yoann se pose aussi lorsque c’est nous qui sommes en phase test. En règle générale, on utilise des logiciels de traduction pour passer du japonais au français, ou alors ce sont eux qui traduisent directement les règles en anglais mais là encore sans véritablement maîtriser la langue. Résultat, les règles étant largement fausses, les 3/4 du temps on passe à côté de certaines subtilités et de ce fait du jeu. En étant sur place, on a pu rencontrer directement les auteurs. Au moindre doute en cours de partie on pouvait les interroger via Yannick. C’était un plus certain ».
Des auteurs de jeu qui, au Japon, sont en permanence sur les devants de la scène. Là-bas, le rôle intermédiaire d’ « éditeur ». n’existant quasiment pas. « Les auteurs éditent les jeux en toute petite quantité 500 ou 1.000 exemplaires. Et rentrent ensuite en contact avec les distributeurs. Il faut garder ça en permanence en tête pour ne pas passer à côté du potentiel d’un jeu, explique Yoann. Dans 90% des cas, un jeu sourcé au Japon demandera un énorme travail éditorial. Que ce soit en terme de mécanique, de visuel ou même de thématique. Un jeu qu’on trouvera kawaii là-bas, sera « niche » une fois ramené en France. Il faut réussir à se projeter sur ce que cela pourrait être. Mais le marché japonais est ouvert… Les auteurs nippons sont réceptifs à l’idée qu’un éditeur prenne le relais. D’où l’importance d’avoir été accompagnés de l’un d’entre eux, Benoit Bannier de La Boite de Jeu ».

Des jeux de cartes à en perdre son latin !
C’est bien beau tout cela mais quelle est la tendance ludique actuelle au Japon ? Et bien comme en France depuis 2 ans, la part belle est donnée aux jeux minimalistes. Très peu de grosses boites. Pas de matériel. Et des tarifs tournant autour de 12 €/15 €. Un constat encore plus flagrant sur le Tokyo Games Market nous explique Yoann : « il y avait que du petit jeu de cartes avec des mécaniques très proches. Jeu de plis ou jeu de défausse. La différence se jouant sur quelques subtilités plutôt malines qui, certes rendront le truc plus original pour des joueurs aguerris, mais qui l’éloigneront du grand public. Le jeu qui perd en accessibilité, perd en potentiel commercial ».
Déçus du déplacement du coup ? Surement pas. « Le travail d’élagage effectué en amont par nos partenaires sur place tels que Arclight, Hobby Japan, ou CMON Japan, mais aussi la rencontre d’auteurs de jeu comme Kaya Miyano (Trio), Hisashi Hayashi (Bomb Busters), Geon Il (Jekyll vs Hyde), nous ont permis de concentrer nos efforts sur une sélection de jeux… Et il y a des pépites ! »
