Diego & Antonin : une rencontre olympienne
L’un est une star des parquets internationaux, l’autre est un acteur incontournable du monde du jeu de société. Diego Simonet, demi-centre du Montpellier Handball, et Antonin Boccara auteur de jeux, n’avaient que très peu de chances de se rencontrer. Pourtant, portés par un thème et des valeurs communes ils se sont retrouvés autour d’un jeu : Olympikos (DS4 Games).

Bonjour Diego, bonjour Antonin. Vous pouvez nous dire comment vous vous êtes rencontrés ?
Diego : Ça c’est la spéciale d’Antonin. Il adore le raconter (rires).
Antonin : Un jour j’étais avec Yoann Laurent de Blackrock Games. On discutait tous les deux et puis il me dit » tu sais que le handballeur Diego Simonet travaille sur des jeux. Il aimerait bien avoir certains conseils ». Et moi je le connaissais Diego… J’adore le handball et j’ai vécu à Ivry-sur-Seine au moment où il y jouait. J’étais allé voir plusieurs matches. Je dis à Yoann de donner mon contact. Mais je t’avoue que je le dis un peu comme si je lançais une bouteille à la mer… En me disant qu’il ne me rappellerait jamais… Et puis cinq jours après, je suis sur le départ pour le Festival de Toulouse et je reçois un message : » Salut Antonin… ça va ? Signé Chino » Sur le moment je me dis que ça doit être un pote mexicain vu que j’ai vécu là-bas. Du coup je décide de fermer le message pour répondre plus tard. Finalement je me loupe et je rappelle le numéro. Vite ! Vite ! Je raccroche. Et là, je reçois un deuxième message avec écrit cette fois » Bonjour Antonin, c’est Diego Simonet « . J’étais comme un gamin ! Le téléphone se met à sonner.
Antonin sur-joue l’accent argentin
» Bonjour Antonin, c’est Diego. Je rentre du match contre Cesson-Rennes. Très dur, c’est très physique là-bas… On a gagné de 3 buts »…
Diego : Là, il exagère un peu…
Antonin : J’exagère toujours, c’est comme la comédie (rires). Et puis on commence à parler jeux, je me rends compte que c’est un vrai passionné et pas seulement un sportif qui veut sortir un jeu. Il avait déjà travaillé sur plusieurs projets comme les Secrets de la Tour Eiffel. Il me parle de son intention de faire quelque chose sur les J-.O. Je lui dis de m’envoyer son proto et je le découvre. Il y avait un vrai jeu de base sur le principe d’associations d’idées. Et tout ça sur le sport, c’était vraiment très original. Une belle manière de permettre à des gens amateurs de sport de découvrir le jeu de société, et inversement aux joueurs le monde du sport. Du coup je lui demande à quel degré il veut que je m’implique et il me dit » si tu as envie d’être co-auteur, je suis partant… ». Notre collaboration a commencé. Je l’ai amené sur les festivals de jeu, il m’a emmené voir les matches…
Diego : Moi de mon côté tout ça me permettait de beaucoup progresser et de découvrir le monde ludique. Je ne connaissais personne, je ne savais pas comment fabriquer, comment éditer, comment créer en fait… J’avais bien fait un jeu sur l’Argentine et un autre sur la Tour Eiffel, mais il me manquait quelque chose… Un peu de métier… Une impulsion supplémentaire. Alors quand Antonin m’a dit qu’il aimait le jeu et qu’il voulait bien collaborer, c’était incroyable pour moi. C’était mon rêve de travailler avec un auteur de jeux.
Antonin : En fait, il y avait deux rêves qui se sont rejoints. Moi, mon rêve c’était de travailler avec un sportif pro. Et là ça se réalise et pas avec n’importe qui. C’est quand même El mago !
L’idée du jeu est née comment Diego ?
Diego : J’ai commencé à y réfléchir aux J.-O. de Tokyo en 2020. J’étais au village olympique et je voulais savoir s’il y avait des jeux sur l’épreuve olympique. Il y avait bien un jeu de dames avec le logo des Jeux, des Monopoly mais c’est tout.
Antonin : C’est ça il n’y avait que des jeux à licence. Aucune création autour des J.-.O
Diego : J’ai commencé à penser à ce jeu-là. Je voulais qu’on découvre plusieurs sports. Pas qu’un seul. Que ce ne soit pas un jeu sur le foot ou l’athlétisme mais un jeu plus général. Je voulais qu’on y associe des images, qu’on les découvre, qu’on en apprenne plus.
Est-ce que les valeurs olympiques étaient aussi importantes pour toi Diego que l’épreuve sportive ?
Diego : Ce sont les quatrièmes J.-O. que je vais faire à Paris. Les valeurs portées comme le fair-play, le respect de l’environnement, la diversité des sports et des pays représentés, c’est juste incroyable. Les J.-O. c’est tout ça sur un même lieu, et bien Olympikos c’est tout ça dans une même boite.
Tu parles des Jeux Olympiques, mais Olympikos c’est aussi les Jeux Paralympiques…
Antonin. Ça m’a effectivement plu dès le début. Dès le proto, Diego avait intégré les Paralympiques. Et cette idée que _contrairement à la réalité_ les Jeux Olympiques et Paralympiques se jouent en même temps et que le tableau des médailles soit le même, je trouve ça formidable en terme d’inclusion. On a été encore plus loin que le CEO !
C’était un truc vraiment important pour nous. L’idée du livre d’anecdotes est même venue de ça. On voulait vraiment que le jeu soit un véritable objet culturel. Qu’il donne la sensation de sortir grandi à la fin d’une partie.
Dans le livret il y a la présentation de chaque sport, mais aussi l’histoire, les faits marquants. Plus de 100 ans de rétrospectives des Jeux modernes. Et politiquement, géographiquement… mais aussi émotionnellement, il y a énormément de choses qui se sont passées depuis 1896. C’est en fait 28 pages qui nous ont pris autant de temps de rédaction que la création du jeu en lui-même (rires).
Comment vous vous êtes organisés pour travailler ensemble ?
Diego : On s’appelait tous les jours ! Enfin tous les soirs parce qu’Antonin il se réveille aux alentours de 14 heures… (rires)… Il est aussi venu trois jours à la maison. On travaillait à trois avec ma femme. Même ma fille a joué et donné son avis.
Antonin. C’était plus qu’un travail d’auteur. C’était un vrai travail d’édition. Et même si avec Old Chap je suis un peu rodé, j’ai appris de nouvelles choses notamment sur la fabrication.

Comment on arrive à trouver le temps de créer un jeu de société quand on est un sportif de haut niveau ?
Diego. Je travaille surtout pendant les voyages. Je ne me perds pas sur les réseaux, sur TikTok. J’investis le temps. Je lis, j’apprends, ou je travaille sur mes projets. C’est d’ailleurs pour ça que je préfère le train à l’avion, c’est plus pratique. Et puis je travaille aussi à la maison quand les enfants ne sont pas là. Parce que quand il y a Benjamin, c’est impossible (rires) !
Et puis pour moi travailler sur des jeux, ça me permet de me libérer un peu la tête. De me défaire de la pression d’avant-match. Du poids sur les épaules. Parce que quand on est sportif de haut niveau, il y a beaucoup de gens qui vivent à travers toi et ça, pour moi, c’est une manière de penser à autre chose.
Et puis j’avoue à chaque fois qu’on était en déplacement et qu’on avait un peu de temps après les repas je faisais jouer mes coéquipiers de Montpellier ou de la sélection argentine au prototype. Le premier, le pourri avec de vieilles impressions. Ils ont dû le tester 10.000 fois mais toujours avec le sourire. Et ils m’ont fait à chaque fois des retours magnifiques. C’était ça aussi une belle expérience.
Antonin toi qui a l’habitude de travailler avec d’autres auteurs de jeu, qu’est ce que Diego a de plus ?
Antonin : Son accent ! (rires) Non en vrai, il a une fraicheur, une innocence, un enthousiasme qui font du bien. Mais ce n’est pas tout. J’ai trouvé avec Diego beaucoup de rigueur. Et j’ai beau me réveiller à 14 heures (rires)… C’est essentiel.
Et toi, à l’inverse, Diego ? Qu’est ce qu’Antonin a apporté à ton jeu ?
Diego : C’est bien simple ! Il a changé toutes les règles ! Non mais en vrai, c’était ça que je cherchais. Quelqu’un pour me conseiller… me guider. Je n’étais pas fermé aux changements. Antonin avait des idées, beaucoup, tout le temps… Il me demandait mon avis. C’était un échange permanent. On n’était pas là pour parler business… On cherchait juste le meilleur pour le jeu. On avait juste envie que ça marche et je pense que tous les deux, avec Blackrock Games en plus, on fait une très bonne équipe.
Antonin : Quand il dit que j’ai tout changé… Il est très modeste. Il y avait une base très forte. Je n’ai jamais eu dans l’idée de créer autre chose, j’ai juste apporté mon expérience sur certains points. Dans cette démarche il y avait un vrai respect mutuel.
Quand on vous voit aujourd’hui, au-delà d’une collaboration professionnelle, on sent qu’une belle amitié est née. Il y a d’autres projets en perspectives ?
Diego : La création et la promotion d’Olympikos nous a pris et nous prend beaucoup de temps. Mais oui il y a d’autres projets à venir. Quand tout se sera un peu calmé…
Sur le sport, une nouvelle fois ?
Antonin : En fait, il y a deux projets. Proposer des jeux mini-formats qui pourraient être liés à des évènements comme Rolland-Garros ou des sports via la Ligue de Handball. Et travailler sur d’autres protos que Diego a encore dans ses valises.
Mais pour moi je crois que tu as raison, le plus important sur ce projet reste l’Amitié. Et on a tout fait pour que ça se ressente en jouant. Avec Olympikos, on joue ensemble, on tchatche, on échange… Et quand on est tous les deux avec Diego c’est ce qu’on aime… parler !
