Silence, ça signe

Silence, ça signe !

C’est une première. Du jamais vu. Et si on s’est lancé dans ce projet, c’est parce que chez Blackrock Games, l’inclusion est au cœur de nombre de nos réflexions. Aller dans les écoles, les hôpitaux, les EHPAD, les IME, les ESAT. Trouver des solutions pour rassembler, partager, et oublier… Oublier, quoi ? Le quotidien tout simplement, mais aussi la solitude parfois, ou encore les différences sociales.
Par chance on dispose du meilleur outil d’inclusion : le jeu ! Vous aurez beau chercher, on n’a pas fait mieux. Alors on s’est dit qu’est ce qu’on pourrait faire de plus ? Et puis on a rencontré Tristana Pateras, interprète en LSF. Et là forcément, le projet a fait sens.

Traduire les règles de nos jeux en langue des signes, c’est l’idée. Les rendre accessibles aux sourds et malentendants sur notre site Internet et via un QR-Code apposé aux boîtes, c’est le but. Parce que oui, comprendre un jeu est plus aisé quand on nous l’explique que quand on doit se « taper » 5 pages de règles à lire.

C’est ainsi que, vendredi 2 octobre, Tristana a débarqué de Paris dans nos locaux de Veyre-Monton _ ah oui on a oublié de vous dire, en France il n’y aurait que 700 interprètes LSF dont 400 en région parisienne, v’là la denrée rare_. Direction donc le studio et ce jour-là, nos règles n’allaient pas être lues… elles allaient être signées.

Des codes et des couleurs

Tristana est de noir vêtue, les cheveux ramassés, mais ce n’est pas au côté formel qu’elle aspire, elle nous explique :  » Le noir et le bleu marine sont des couleurs privilégiées pour les interprètes à peau claire. À l’inverse, une personne à la peau foncée portera du blanc, du beige. Le but est de créer un maximum de contraste entre nos mains, notre visage et le reste de notre corps. Pour être plus lisible. Notamment pour les personnes atteintes du syndrome Usher qui sont en plus d’être malentendants, malvoyants « .

Les minutes défilent. Les prises s’enchainent. Et si tout le monde a bossé son script en amont, on se rend compte dans l’instant que des ajustements sont à faire. Tristana n’a jamais fait ça et on avoue que nous non plus. Habitués des explications de règles formelles on se rend rapidement compte que tout sera, ici, très différent. Les mimiques de son visage, les respirations, tout à son rôle à jouer.  » Les émotions font partie intégrantes du langage des signes. La joie, la déception, la méfiance, ce n’est pas que nos mains qui les traduisent…  » On oublie donc rapidement le factuel pour découvrir que Tristana ne nous offre pas une traduction mot pour mot mais une véritable mise en situation, une scènette. On est en train de vivre en direct une partie de Skyjo avec tout ce que ça implique : les bonnes surprises comme les immenses frustrations, et vous savez de quoi on parle !

« La pioche, la défausse… ça n’existe pas »


« Même si je voulais faire du mot pour mot, je ne pourrais pas… Nous n’avons pas en langage des signes de vocabulaire spécifique au jeu de société : la pioche, la défausse… ça n’existe pas « . Alors on s’adapte, on recommence, encore et encore. Elle s’excuse, nous explique qu’elle est perfectionniste parce que ça lui tient à coeur. On lui explique qu’il ne faut pas… que nous aussi ça nous tient à coeur.

La journée se termine. Nous avons réglé le sort de deux jeux : Skyjo et Flip 7, et nous sortons tous grandis de ce moment. À Tristana de conclure :  » Pour moi le jeu c’est pas juste jouer. C’est être ensemble. Partager un moment. Signer des règles c’est s’ouvrir à de nouvelles personnes et rassembler encore plus de gens autour d’un moment doux et convivial. C’est un projet dans lequel je crois énormément « . Et ça tombe bien, nous aussi !